Un employé d’un centre jeunesse déclaré coupable de voies de faits et de menaces sur des jeunes a dénoncé ses conditions de travail devant le tribunal. Face à ce qu’il avance, le CIUSSS adresse des excuses aux victimes comme à ses employés et assure que des mesures sont déployées pour améliorer la situation.
Yanick Demers, 51 ans, a été reconnu coupable de voies de faits et de menaces adressées à des jeunes du Centre jeunesse. Lui-même victime d’un choc post-traumatique à la suite de ses interventions de nature physique au cours desquelles il s’est fait lui aussi violenter, il a décrit devant le tribunal des conditions de travail insoutenables.
Au constat de son témoignage, le CIUSSS a demandé de s’exprimer publiquement. «Premièrement, je veux dire que je suis désolée pour ce qu’ont vécu M. Demers et les jeunes», admet Geneviève Chabot, directrice du programme jeunesse au CIUSSS de l’Estrie CHUS.
Selon Mme Chabot, son organisation travaille activement à outiller les employés pour éviter que ce genre de crise se reproduise. Si elle reconnaît qu’il est impossible d’être totalement à l’abri, elle affirme que ses troupes ont parcouru un bon bout de chemin.
«On n’est vraiment pas à la même place qu’il y a 12 ou 18 mois. Ça a beaucoup évolué par rapport à la formation, l’accompagnement, nos protocoles d’intervention.»
«On a mis en place un grand plan d’action qu’on menait au départ avec la direction du programme jeunesse et la direction de la protection de la jeunesse. L’ensemble du CIUSSS s’est mis à contribution, ce qui a permis d’accélérer tout ce qu’on voulait faire comme améliorations.»
Le déploiement du plan est toujours en cours, précise-t-elle. «Il y a beaucoup de formation à faire quand arrivent de nouveaux employés. Pour certains, le parcours d’études n’est pas si long. On essaie d’avoir des approches plus en prévention qu’en intervention. On essaie de faire de la pacification, avec la formation Omega que suivent nos agents d’intervention. À l’heure actuelle, j’ai 66 % des agents qui sont formés et le reste est en cours de formation. Tout le monde a au moins une base.»
Mme Chabot ne cache pas les grands défis que vivent ses employés, et elle assure qu’il leur est offert de l’aide psychologique. «On parle de jeunes à grands besoins qui ont vécu des traumas complexes et ont des besoins particuliers. On n’est pas à l’abri, il peut toujours arriver quelque chose au centre de réadaptation. […] On offre de l’accompagnement aux employés avec des spécialistes en activités cliniques. L’ensemble des gestionnaires sont formés en premiers soins psychologiques. Ils offrent un accompagnement particulier aux intervenants qui ont subi un événement.»
«Il y a aussi le CIUSSS qui a des offres de services particulières pour des gens qui auraient un besoin supplémentaire. Il y a le programme d’aide aux employés et même, dans des cas qui demandent davantage, on offre un soutien externe en psychologie pour réduire les impacts d’un syndrome de stress post-traumatique.»
La question du manque de personnel a été évoquée par M. Demers devant le tribunal. Geneviève Chabot croit que la situation s’améliore. «Je ne fais pas exception au reste du système de la santé, mais on a eu de grands gains. On a eu une année de recrutement exceptionnelle l’année dernière et le taux de rétention s’est amélioré.»
«C’est une population qui a de grands besoins, ça dépend des jeunes, de la composition des groupes, où ils en sont dans leur réadaptation. Il y a des jeunes très souffrants. Est-ce que c’est pire qu’avant? C’est difficile à dire», dit Mme Chabot.
Appel à la bienveillance

Geneviève Chabot croit que toute la population peut contribuer à soutenir les employés du Centre jeunesse. «Je considère que les jeunes comme les employés ont besoin de la bienveillance de la population. C’est une mission importante qui peut être valorisante. Il y a plein de belles histoires de jeunes qui s’en sortent. Mais c’est un métier qui n’est pas facile et qui peut être confrontant. C’est difficile pour les employés quand ils n’ont pas la sympathie de la population.»
«Si on pouvait reconnaître leur engagement, leur dévotion pour améliorer la situation de ces jeunes-là et en faire des adultes contributifs à la société, c’est sûr que ça ferait une grande différence. Mon souhait ultime serait qu’on parle positivement du centre de réadaptation.»
Geneviève Chabot ajoute: «On n’est pas parfaits, ça n’existe pas, la perfection. Mais on cherche à s’améliorer, à se renouveler. Il y a des cas de plus en plus complexes, il faut souvent sortir de la boîte pour trouver de nouvelles façons de faire et j’ai toujours des volontaires pour innover. Ce sont des gens de cœur, ceux qui travaillent en réadaptation.»














